« La montée du Red Star a rendu notre travail totalement fou »

ÉVÉNEMENT | Durant une saison, les photographes Julien + Adrien se sont installés au stade Bauer pour suivre de près les exploits du Red Star. Avant de découvrir leur travail à la Galerie Joseph, du 17 au 20 septembre, rencontre avec Julien Soulier, l’un des deux artistes derrière ce projet. (Crédit photo : Julien + Adrien)

Comment vous est venue l’idée, voire l’envie de suivre le Red Star ?

Avec Adrien, cela faisait un bout de temps que nous suivions le Red Star grâce à une bonne copine, Joana Haddad, la fille du président du club. Nous avions été invités à plusieurs matchs et en arrivant au stade Bauer, nous avions senti qu’un vrai truc se dégageait de cette enceinte. C’est un lieu épuré, simple, sans sponsors, avec une gueule intemporelle. Avec cette série entièrement située à Bauer, nous voulions relever le challenge de ne pas montrer du foot comme on peut en voir un peu partout.

Vous avez mené votre projet durant une saison historique pour le club de Saint-Ouen… Vous sentiez vous privilégiés de vivre ces moments ?

Honnêtement, oui. C’est ce qui a rendu cette série folle. Nous avons pris nos premières photos en mai 2014, et on n’imaginait pas que le club monterait en Ligue 2 à l’issue de la saison suivante. La proximité avec les joueurs, le staff et le président nous a vraiment beaucoup aidé à ressentir cette ambiance.  C’était très motivant.

Comment s’est passée votre intégration auprès des joueurs ?

C’est quelque chose de très particulier. En plus d’être photographe, Adrien et moi sommes principalement réalisateurs. Nous avions déjà travaillé dans ce genre de contexte, où il faut se faire discret. C’était le mot d’ordre. Nous avions carte blanche mais il ne fallait pas interférer avec des moments de concentration, surtout quand les choses étaient compliquées comme en début de saison [ndlr :  le Red Star avait démarré par une défaite à Amiens (1-3), avant d’enchaîner trois victoires puis de connaître un léger passage à vide fin septembre]. Nous étions quasiment tout le temps avec le groupe, puisque nous assistions aux matchs à domicile mais également aux entraînements du lundi et du mardi. David Bellion et Vincent Planté se sont rapidement intéressés à notre travail, ils se sont montrés curieux, ce qui a facilité notre intégration. Les joueurs qui se demandaient ce qu’on faisait ont ensuite été convaincus. Et pour que les choses se passent encore mieux, nous respections à la lettre les exigences du club : quand quelqu’un nous demandait de sortir, on sortait.

(Crédit photo : Julien + Adrien)
(Crédit photo : Julien + Adrien)

Et auprès des supporters ?

Au départ les choses ont été un peu compliquées : on nous prenait pour des flics. Adrien et moi prenons des photos de près, au flash, et nous sommes arrivés un peu comme ça dans les tribunes. C’était impossible de se présenter à tout le monde. Du coup, nous avons travaillé en collaboration avec des présidents d’associations, qui nous disaient qui prendre en photo ou pas. Tout comme nous respections les exigences du club, il fallait respecter celles des supporters. Et puis il y avait aussi les jeunes du centre de formation. Nous avons essayé d’être proches de ces petits bonhommes. Ils s’étaient procurés un tambour, et depuis leur tribune ils essayaient de reprendre les chants du kop. Nous avions l’impression de voir deux générations, deux types de supporters différents qui se rejoignaient sur le même point. Ce qui fait la force de notre exposition, c’est qu’on a aussi pris du son avec un ingénieur pendant les deux, trois dernières journées de championnat. Au deuxième étage de la galerie, il est possible de voir des photos en association avec cette piste sonore. Et tu sens la ferveur des gosses de Saint-Ouen…

Pour avoir vécu de l’intérieur l’attachement des supporters à Bauer, vous comprenez la déception de certains de devoir disputer la Ligue 2 dans une autre enceinte ?

On a essayé de se détacher du problème. On ne voulait pas prendre partie pour un camp ou pour un autre. Nous avons vécu cette histoire en interne, nous savons comment s’est passée la démarche de chercher un nouveau stade. Il y a des contraintes financières et légales imposées par la fédération.

Quel souvenir gardez vous de cette expérience ?

Il y en a pas mal…. Je me rappelle notamment un shooting durant lequel nous nous sommes retrouvés enfermés dans le vestiaire lors d’une séance de visionnage vidéo. Nous étions discrètement calés dans un coin quand Sébastien Robert s’est rendu compte de notre présence, avant de nous foutre dehors. L’hiver a été un peu compliqué aussi… On travaille avec de la pellicule, et pour pouvoir faire des photos sous la pluie, il fallait utiliser les parasols Perrier pour nous protéger !

Votre exposition s’intitule « La victoire du temps« …

C’était le slogan du Red Star au début des années 90, visible sur la photo avec les chaussures à crampons. On trouvait que cette phrase résumait l’intégralité de la série, voire de la saison. Adrien et moi avons envisagé 10 milliards de titre, mais quand nous avons vu ces mots, nous nous sommes dit : « Allez, on copie/colle ! »

►►► « La victoire du temps« , une exposition de Julien + Adrien, du 17 au 20 septembre à la Galerie Joseph, 7 rue Bachaumont, 75002 Paris. Pour éviter trop d’affluence, les organisateurs vous conseillent de vous y rendre le week-end, les artistes étant présents sur place samedi et dimanche.

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