Christoph Heshmatpour, le plus autrichien des supporters audoniens

RENCONTRE | Christoph Heshmatpour conserve un souvenir particulier de la saison 2011-2012 du Red Star. Pour ce Viennois de 31 ans, la remontée des Audoniens en National a coïncidé avec une année d’études en région parisienne. L’occasion de s’abonner et de suivre au plus près les rencontres des Vert et Blanc. Une expérience forte dont l’homme a tiré un petit livre, accessible gratuitement en ligne. (Crédit photo : Pierrick de Morel)

Le rendez-vous est fixé à 11 heures, à la terrasse d’un petit café de la rue de l’Olive, dans le 18e arrondissement. Christoph Heshmatpour arrive à l’heure, les yeux encore un peu gonflés par la fatigue. Comme nous, il était la veille dans les tribunes de Bauer pour assister à la victoire des Vert et Blanc contre le CA Bastia (2-0). Comme nous, il a fêté le succès audonien. Et comme nous, il a été raisonnable. Rendez-vous matinal oblige.

Les supporters audoniens qui ont pris l’habitude de suivre l’actualité du Red Star sur les réseaux sociaux savent très bien qui est Christoph Heshmatpour. L’homme est omniprésent sur la toile – véritable mordu de Twitter, il regrettera à plusieurs reprises l’absence de wifi dans le café dans lequel nous nous étions posés – et aime commenter l’actualité des Vert et Blanc. Il faut dire qu’il entretient un lien particulier avec le club audonien. C’est dans un français parfait, teinté d’un léger accent autrichien, qu’il revient sur cette histoire.

Une vue panoramique sur les projecteurs de Bauer

Tout débute en juillet 2011 : alors que le Red Star retrouve le National cinq saisons après l’avoir quitté, le Viennois qui vient d’avoir 27 ans débarque en région parisienne pour un an d’Erasmus et des études de Lettres à Paris III. Au moment de chercher un logement, il prospecte sur Google, regarde du côté des 18e et 19e arrondissements, avant d’entrer en contact avec un jeune assistant réalisateur qui lui propose de s’installer avec lui. Christoph découvre alors les joies de la colocation à Saint-Ouen, à deux pas de la porte de Clignancourt. C’est là que son histoire avec le Red Star débute.

« De notre salon, on avait une belle vue panoramique sur Saint-Ouen et les projecteurs de Bauer », se souvient-il. Poussé par la curiosité, le Viennois franchit le seuil du stade, d’abord seul – « Mon colocataire n’y connaissait rien en football » – puis avec ses collègues du club dans lequel il avait pris l’habitude de taper le cuir depuis son arrivée en France, avant de finalement adhérer au Collectif Red Star Bauer. Sa saison peut commencer.

Celui qui avait l’habitude suivre les matchs de la deuxième division autrichienne et les exploits du club de son quartier, le First Vienna FC 1894, découvre le Red Star et le National. Il se souvient de tribunes vides, avec à peine 500 personnes : « Le noyau dur du Collectif et quelques vieux habitués, assis derrière« . Quand il le peut, il suit également son club en déplacement. C’est d’ailleurs lors d’un match à l’extérieur qu’il va vivre son meilleur souvenir de la saison, le 12 novembre 2011.

« Après la victoire à Colmar, j’étais accroc !« 

« Le club venait d’enchaîner sept défaites d’affilée, il était dernier du championnat. On était six, dans une petite Peugeot pour ce déplacement contre le douzième, invaincu à domicile à l’époque« , raconte Christoph.

Le match débute mal pour les Audoniens : après l’expulsion de Jérémy Abadie à la 25e minute, les joueurs de Vincent Doukantie se retrouvent obligés de défendre. Le Red Star tient bon et file vers un match nul qui tiendrait déjà de l’exploit, lorsque l’inespéré se produit. « Temps additionnel. On est à dix contre onze, on est nul, se rappelle Christoph. Geoffrey Malfleury entre sur le terrain. But. On est devenu fous. Après ça, j’étais accroc. »

Mais l’année file, et après douze mois passés entre Bauer, l’Université Sorbonne Nouvelle et les environs de Château Rouge où il a ses habitudes, Christoph doit rentrer à Vienne. »La fin de la jeunesse« . Il se replonge dans ses études et son mémoire sur les théories subjectives sur les bilinguismes. Un travail fastidieux, qui n’empêche pas Bauer de rester dans un coin de sa tête.

Problème : il n’a pris aucune photo de cette année derrière les Vert et Blanc. Il a alors l’idée d’écrire « avant d’oublier. » Durant un an, il consacre son temps libre, ses week-ends, à la rédaction d’un petit livre. La coïncidence veut que ce travail s’achève lors de la dernière journée de la saison suivante, lors d’un Red Star-Fréjus décisif pour le maintien des Audoniens en National, une rencontre qu’il suit à distance avec le live du site officiel du club. Les Audoniens s’imposent au bout du temps additionnel, au moment même où le Viennois met un point final à son récit.

Traduction en cours

C’est ainsi qu’est né Bienvenue en Banlieue Rouge, Mein Jahr mit dem Red Star FC, qui relate la saison 2011-2012 du Red Star mais également l’expérience parisiano-audonienne de Christoph : recherche d’un appartement, études à la Sorbonne, etc. Le petit texte, accessible gratuitement en ligne, ne passe pas inaperçu : des supporters hambourgeois lui demandent l’autorisation de l’imprimer. Il donne son accord. Le tout fait 112 pages, et se vend pour 3 euros à la sortie des matchs de deuxièmes et troisièmes divisions allemandes.

Le texte mis en ligne par Christoph fait 112 pages dans sa version imprimée. (Crédit photo : Pierrick de Morel)
Le texte mis en ligne par Christoph fait 112 pages dans sa version imprimée. (Crédit photo : Pierrick de Morel)

Quelques fascicules sont parvenus jusqu’à Saint-Ouen. Mais le jeune homme a refusé d’en assurer lui-même la traduction. Il a gardé des souvenirs douloureux des cours de fac consacrés à la retranscription du Château de Kafka de l’allemand vers le français, et refuse de rééditer cette expérience. Quelques supporters se sont déjà attelés à l’ouvrage, comme le journaliste de So Foot Ali Farhat ou Joachim Henn, un Allemand de Stuttgart qui a commencé à fréquenter les tribunes de Bauer au début des années 1990. A ce jour, aucune version du texte n’existe cependant en français.

« C’est pour ça qu’il y a tant de monde au stade… »

Depuis son retour en Autriche, Christoph s’est essayé au métier de journaliste sportif, a collaboré avec Ballesterer, le So Foot local, avant de changer de profession. Il travaille aujourd’hui au service des relations presse du ministère des transports autrichiens.

Il a cependant pris l’habitude de revenir régulièrement en région parisienne, et donc à Bauer. Son dernier match avant celui contre Bastia ? C’était face à Colmar, le 4 octobre 2013 . Quand on lui annonce que cette rencontre correspond à la dernière défaite du Red Star (0-1) a domicile, il ne peut retenir un éclat de rire : « C’est pour ça qu’il y a tant de monde au stade… On ne perd plus ! »

►►► Retrouvez Bienvenue en Banlieue Rouge, Mein Jahr mit dem Red Star FC, accessible gratuitement en ligne.

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